
En coulisse
Cet accessoire démodé fête son grand retour
par Stephanie Vinzens
De l’Égypte ancienne aux défilés glamour d’aujourd’hui, les tongs ont une histoire millénaire et sont désormais considérées comme un accessoire de mode incontournable.
Cette année, au Festival de Cannes, l’actrice oscarisée Jennifer Lawrence a foulé le tapis rouge dans une somptueuse robe signée Dior. Des diamants brillaient à son cou et elle portait de banales tongs noires. En choisissant ses chaussures, elle a peut-être enfreint le code vestimentaire de l’événement, mais pas le bon goût.
Depuis longtemps, les tongs ne font plus seulement partie de l’équipement de bain et de plage, elles claquent désormais aussi sur les grands podiums du monde entier. Les modèles en cuir sobres avec une semelle épaisse, en particulier, sont un must pour l’été. Selon la plateforme de recherche de mode Stylight, la demande pour ce type de tongs a augmenté de 23 pour cent cette année. Pour célébrer cette tendance, voici cinq faits sur cette chaussure culte et décontractée.
Vous êtes-vous déjà demandé d’où venait le mot tong ? Tout comme taratata et toutou, c’est une onomatopée. Donc une expression linguistique qui imite le son de la chose à décrire. En l’occurrence, le bruit caractéristique qui se produit lorsque la semelle claque contre le talon pendant la marche.
Bien que les tongs existent depuis bien plus longtemps, ce n’est que dans les années 1960 que le terme s’est imposé en anglais américain et britannique et qu’il est devenu le mot courant pour désigner ces chaussures dans de nombreux pays. Néanmoins, il existe aussi des divergences au sein de l’usage anglais. En Australie, par exemple, on les appelle thong, c’est-à-dire tanga. En Nouvelle-Zélande, par contre, il s’agit de jandal, abréviation de Japanese Sandals.
Des peintures murales et des sculptures de l’Égypte ancienne indiquent que les sandales simples avec bride interorteils sont portées depuis environ 4000 ans avant Jésus-Christ. La plus ancienne paire de tongs encore existante que nous connaissons a environ 3500 ans et est fabriquée à partir de papyrus et de feuilles de palmier. Vous pouvez admirer cet artefact historique au British Museum de Londres. D’ailleurs, les orteils en or trouvés sur la momie de Toutankhamon sont presque aussi anciens.
L’ancêtre direct de la tong moderne vient toutefois d’un autre continent. On pense qu’après la Seconde Guerre mondiale, les soldats américains stationnés au Japon ont ramené chez eux des « zori », des sandales traditionnelles japonaises avec bride interorteils en paille. Des versions modernes en caoutchouc ont fini par faire partie de la culture de la piscine et de la plage dans les années 50 et 60 et se sont peu à peu répandues en Occident.
Les tongs figurent à plusieurs reprises dans le livre Guinness des records. L’Allemand André Ortolf, par exemple, détient depuis 2018 le record du sprint le plus rapide sur 100 mètres en tongs, avec 13,88 secondes. En 2019, l’Australien Alistair Kealty a même couru un marathon entier en tongs. Il lui a fallu 3 heures et 37 minutes pour y parvenir et jusqu’à présent, personne n’avait été officiellement plus rapide avec des chaussures comparables. En 2012, le Britannique Phillip Conroy a établi un record du monde sans même les avoir enfilées : il a lancé une tong à près de 40 mètres.
Il existe des journées de promotion officielles pour les croquettes, les culbutes, les hamacs et même les cornichons. Il n’est donc pas surprenant qu’il existe également un National Flip Flop Day aux États-Unis. Il a été lancé en 2007 par la franchise américaine Tropical Smoothie Café. Cette journée, qui a lieu le mercredi suivant le Memorial Day à la fin du mois de mai, est censée marquer l’arrivée de l’été et bien sûr stimuler les affaires. L’appât : les clientes et clients qui se présentent au restaurant en tongs pour fêter l’événement se voient offrir un smoothie gratuit.
En 2011, l’entreprise de sandales écologiques Chipkos s’est associée à l’artiste californien David Palmer. Il en résulte la tong la plus chère du monde. Une pièce unique peinte à la main et recouverte d’or 18 carats, vendue dans une vitrine en acajou. Coût : 18 000 dollars. Le prix comprenait également une rencontre avec l’artiste, deux nuits dans un hôtel écologique à Beverly Hills et, point essentiel, la préservation de plus de 9000 mètres carrés de forêt tropicale menacée au Costa Rica. On ne peut que supposer ce qu’auraient coûté les sandales sans tout ce battage.
Photo d’en-tête : Chloé via SpotlightA un enthousiasme sans limites pour les épaulettes, les stratocasters et les sashimis, mais peu d'indulgence pour ceux qui critiquent son dialecte de Suisse orientale.